Pourquoi les entretiens des cabinets de conseil sont si exigeants ou pourquoi devenir consultant en stratégie?

Décider de se lancer pour devenir consultant en stratégie est un choix qui va demander un haut niveau d’investissement personnel, à la fois en termes de temps mais aussi en termes d’effort et de préparation. Une telle décision ne doit pas résulter seulement d’un coup de tête. Tout d’abord parce que le processus de passage des entretiens est long et un découragement est vite venu. De plus cet investissement sur votre avenir professionnel nécessitera un minimum de 2 ans au sein des cabinets de conseil afin d’être rentable pour votre carrière. En dessous de deux ans, cela peut envoyer des signaux négatifs du type « je n’y suis pas arrivé et j’ai abandonné en cours de route ». Avant de mettre la tête dans le guidon il est donc essentiel de bien comprendre pourquoi devenir consultant nécessite tant d’effort et d’investissement.

Devenir consultant en vaut-il la chandelle?

L’effort pour devenir consultant en stratégie ne pourrait-il pas être plus rentable si vous le consacriez à une autre activité?

Je vais vous faire une synthèse 100% vécue et avec un parti pris, le mien, des avantages et inconvénients a devenir consultant. Il est très rare que des anciens consultant du top tier s’étendent sur ce type de sujet, tout simplement car la « rat race » bat son plein dans ce secteur d’activité et laisse très peu de temps pendant les années McKinsey, BCG et Bain mais aussi après pour ce type d’exercice. De plus si un consultant se réveille 10 ans après avoir quitté son cabinet pour faire revivre son expérience, la spécificité et l’intensité du sujet fait qu’il ne sera plus au point. J’ai eu la chance de pouvoir consacrer un an à structurer l’approche spécifique que je partage dans ce blog dès ma sortie du cabinet de conseil. J’ai la chance de pouvoir prendre ce temps aujourd’hui pour vous l’exposer.  Mon retour d’expérience n’a rien à voir avec beaucoup de « conseils » anonymes  postés sur les forums en ligne – souvent par des personnes qui n’ont jamais vécu une expérience de consultant en stratégie – ou sur des sites qui rémunèrent les témoignages anonymes qui plus est de l’autre côté de l’atlantique comme Vault par exemple. Je n’ai rien contre Vault, je trouve que c’est une source d’information utile mais hors les rapports d’insider sur une compagnie donnée qui peuvent donner une base de connaissance pour les candidats américains, il s’agit plus d’information de type entertainment que de nature à faire poser aux candidats des questions de fonds sur leur démarche et leur choix raisonné de carrière. Enfin les articles des quotidiens généralistes et même économistes comme les Echos ou la Tribune donnent un message très éloigné de la réalité du travail de consultant. Enfin les ouvrages type Strategor sont des synthèses de haut niveau concernant la stratégie telle qu’elle est enseignée dans les business schools mais en terme de retour d’expérience concret, comment dire, vous aimez les voitures ? Alors voici ce que vous enseigne la business school vs. la réalité du métier d’une manière imagée…

 

 

 

Les caractéristiques des entretiens d’embauche pour des postes de cadres « classiques »

Dans un emploi de cadre « classique » c’est-à-dire sans relation avec le conseil ou la banque d’affaire, l’entretien d’embauche porte quasi-exclusivement sur des sujets de présentation personnelle, d’expérience et de motivation. Parfois certains postes seniors ou à composante technique entrainent une mise en situation visant à tester les automatismes du candidat. Dans ce cas, le processus d’entretien est souvent divisé en deux parties : un entretien généraliste avec les services de ressources humaines pour discuter de l’expérience, des compétences et de la motivation du candidat et un entretien plus opérationnel où la focalisation portera sur le travail en lui-même et les expériences directement liées au poste. Néanmoins même lors de ce type de discussions techniques, le sujet porte sur un volet de compétences bien identifié, prévisible et bien délimité pour le candidat. Il est très rare que le candidat doive répondre à des questions hors de sa « zone de confort ». La zone de confort est définie comme étant l’ensemble des sujets, problématiques et activités que le candidat domine naturellement du fait de ses qualifications ou de son expérience. Par exemple soigner une dent est dans la zone de confort d’un dentiste. Par contre réaliser une greffe de gencives peut nécessiter des compétences complémentaires que seuls certains dentistes pourront assurer. Dans un entretien pour un poste de cadre «classique», la discussion est donc généralement délimitée par la zone de confort du candidat. Si le candidat ne s’est pas montré à la hauteur sur des sujets techniques ou d’expertise, il y a trois raisons principales : la panique, une poste de plus haute séniorité que ses compétences ou encore un poste correspondant a une expertise différente de son domaine d’excellence.

Dans les deux derniers cas, il s’agit donc in fine d’une erreur de ciblage. Il y a bien sûr une infinité de manières de rater de tels entretiens, mais on peut retenir qu’ils sont censés laisser le candidat dans sa zone de confort en ce qui concerne ses compétences. Le cas des entretiens dans les cabinets de conseil est bien différent.

Les entretiens d’embauche dans les cabinets de conseil sont les seuls à faire sortir le candidat de sa zone de confort

Les entretiens d’embauche en cabinet de conseil ne sont pas les seuls à inclure des études de cas. Par contre ils sont les seuls à imposer des études de cas dont le thème, la démarche de résolution, le secteur cible et la problématique sont imprévisibles. La seule chose que le candidat sait, c’est qu’il ne sait pas ce que sera son étude de cas. Aucun autre type d’entretien ne met le candidat dans une telle exposition face à son examinateur. Aucun autre type d’entretien que ceux des cabinets de conseil, notamment de conseil en stratégie et encore plus du top tier McKinsey, BCG et Bain n’expose plus au risque de se retrouver complètement en panique face à l’inconnu. De plus le candidat sera évalué pendant l’étude de cas sur le processus de résolution et le fait de trouver in fine la réponse, ce que les anglophones appellent « cracker le cas ». Car il ne suffit pas de démontrer une cohérence intellectuelle, du business sens et de la logique, il faut aussi résoudre le cas. Réciproquement il ne suffit pas de résoudre le cas en appui sur une expertise sectorielle ou par bon feeling. Par exemple, si un candidat est expert en pharma et tombe sur un cas pharma, toutes ses approches résultant d’une connaissance approfondie du secteur ne seront positivement prises en compte que si elles sont reconstruites à la base, avec logique et structure. En pratique tomber sur un cas dans son domaine d’expertise est souvent un cadeau empoisonné source de beaucoup de frustrations car les entretiens ne visent pas en général d’expertise sectorielle et nécessitent de déconstruire ses automatismes. Déconstruire ses automatismes est une épreuve redoutable, savez vous par exemple expliquer a un enfant de 5 ans comment 8 moins 6 font 2 ? Je ne parle pas des seniors recrutés pour mettre en avant leur expertise bien sur, je parle des jeunes diplômés ou des candidats post MBA ou avec 5 ans maximum d’expérience.

Top 10 de pourquoi devenir consultant 

Le niveau d’effort de préparation pour devenir consultant en stratégie est donc bien supérieur à la plupart des autres entretiens d’embauche. Comme tout investisseur avisé anticipe le rendement de son investissement, tout candidat à devenir consultant en stratégie doit se poser la question de la justification de tant d’efforts. L’objet ici est de seulement lister les principales raisons qui justifient cet investissement, je détaillerai chacun des sujets dans des articles prochainement

  1. Des salaires d’embauche 20% à 50% plus élevés que dans l’industrie et les services
  2. Une évolution de carrière et de salaire beaucoup plus rapide dans le conseil en stratégie
  3. Des opportunités de formations complémentaires beaucoup plus développées
  4. L’opportunité d’être expose à des clients de séniorité élevée
  5. L’acquisition d’une approche de travail, de rythmes de travails bien au dessus de la moyenne
  6. L’opportunité de s’exposer à des secteurs et problématiques business variés
  7. L’immersion dans un contexte international soit du fait des clients soit du cabinet de conseil lui-même
  8. L’appartenance à un réseau professionnel puissant
  9. L’opportunité d’accéder plus vite à des postes de haut niveau hors conseils
  10. L’acquisition d’une connaissance du cœur de réacteur des mécanismes décisionnels des entreprises

Top 10 du pourquoi ne pas être consultant

  1. Des salaires horaires souvent proches des niveaux pratiqués l’industrie et des services surtout pour les jeunes diplômés
  2. Une évolution de carrière soumise au système up or out facteur de stress et de pression au quotidien
  3. Une prise de retard au développement d’une expertise sectorielle
  4. Le sentiment de se limiter à être force de proposition et non d’action, avec une marge de manœuvre limitée
  5. Une certaine infantilisation des relations de travail
  6. Une impossibilité de creuser les sujets des missions à cause de la pression des délais et le staffing aléatoire
  7. Un sentiment de manque de liberté pour gérer son temps et…vivre
  8. Une culture d’entreprise qui peut confiner au formatage
  9. Une inexpérience du management d’équipes au niveau junior
  10. Pour 95 % des consultants, le conseil est encore une étape et non une cible de long terme

En synthèse de ces deux top 10 qui tendent chacun dans une direction, je dirai que le métier de consultant nécessite d’avoir une grande motivation et une vision réaliste en amont afin de bien préparer ses entretiens, sa prise de poste mais aussi sa sortie et le plus important…s’assurer que votre entourage proche acceptera des horaires de travail chargés, un esprit en veille quasi-permanente sur les missions (« on ne débranche pas le cerveau d’un consultant » dixit le partner d’un cabinet top tier, ce que je confirme) en contrepartie d’un haut salaire et de perspectives de carrières parmi les plus valorisantes dans le monde des affaires.

Je vous recommande de débrancher votre ordinateur, de vous poser un petit peu sur ce que vous souhaitez faire de votre vie. L’expérience du conseil est l’une des plus riches professionnellement et humainement dans une vie. Si vous décidez ou ne pouvez pas gravir tous les échelons le moment venu dans votre cabinet de conseil, cette expérience boostera de toutes façons votre carrière et renforcera vos compétences. En plus vous aurez grâce à ces quelques années crée un différentiel de salaire non négligeable dès le début de votre carrière.

Si le conseil est fait pour vous, vous pouvez vous rendre ici pour commencer le processus de préparation aux concours pardon aux entretiens d’embauche des cabinets de conseil.

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2 Responses

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  1. Wow! Thank you! I continually needed to write on my site something like that. Can I take a part of your post to my site?

  2. Merci pour votre avis sur le métier de consultant. Je suis tout juste diplômé ingénieur. Je souhaite commencer dans le conseil en management, notamment en valorisant mes expériences dans la gestion de projet et la maîtrise d’ouvrage.

    Pouvez-vous étayer votre point n°5 dans la liste du top 10 pour ne pas être consultant : à savoir « Une certaine infantilisation des relations de travail » ? Est-ce que cela est en relation avec le point n°8 et le formatage selon la culture de l’entreprise ?
    Tous les autres points sont très clairs.

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